Dans la rue de la Bourse, loin des vitrines enjouées des librairies et des salons de thé environnants, une façade s’impose sans chercher à séduire. Noire, sobre, presque solennelle, elle affiche en lettres blanches le nom de la boutique : Surplus Hector. Ici pas d’esbroufe ni de slogan aguicheurs, juste un logo blanc dessinant le profil d’un casque antique.
A vrai dire, c’est dans la vitrine que le charme opère vraiment. Un mannequin y trône, vêtu d’un uniforme bleu horizon, casque Adrian vissé sur la tête et musette en bandoulière. Il s’agit d’un soldat français de la Première Guerre mondiale, figé dans sa tenue d’autrefois comme prêt à repartir au front. Sa présence inattendue captive les passants. Beaucoup ralentissent, certains s’approchent, d’autres détournent le regard. Il y a dans cette silhouette quelque chose de solennel : une dignité tranquille qui impose le respect.
Surplus Hector, le trésor militaire de Toulouse
Parmi les clients de Surplus Hector, il y a les curieux, les rêveurs, les collectionneurs obstinés qui fouillent, comparent et s’émerveillent. Sur une étagère, un blouson d’aviateur américain nous fait de l’oeil. Cuir souple, doublure moutonnée, écusson patiné : une reproduction historique d’une fidélité troublante. Autour, les regards glissent sur les vestes kaki, les insignes et les sacs de l’armée. Dans ce décor, chaque vêtement raconte un fragment d’histoire car ici, les objets ne sont jamais tout à fait muets.
Jean-Pierre, un ancien militaire venu en repérage : « Je connais les vrais uniformes pour les avoir portés pendant de longues années en opération. Quand je touche la matière d’un treillis, je retrouve les sensations d’autrefois. C’est un drôle de vertige mais ça fait du bien ».
Dans un coin de la boutique, Antoine nous confie sa passion pour les objets historiques : « Au départ, je cherchais à dénicher des pièces originales mais je me suis vite rendu compte qu’elles étaient introuvables, très chères ou trop fatiguées par le temps. J’ai donc fini par m’intéresser aux reproductions et c’est ici que j’ai trouvé mon bonheur. Certaines pièces sont tellement bien faites qu’on s’y tromperait. Là, regardez, une veste de tankiste soviétique, une pure merveille ».
Un terrain de jeu pour la mode
Chez Surplus Hector, chaque vêtement se présente comme une opportunité de réinventer son style vestimentaire. Un treillis kaki peut se transformer en veste oversize sur un jean slim, tandis qu’un sac tactique deviendra un accessoire urbain inattendu. La fonction se fait esthétique, le brut devient signature. Les pièces militaires, qu’elles soient patinées par le temps ou fidèlement reproduites, donnent une opportunité de jouer avec les combinaisons et les contrastes. Elles trouveront fièrement leur place dans les gardes-robes, loin du prêt-à-porter standardisé.
Cardigan sur les épaules et rangers aux pieds, Léa témoigne de sa présence ici : « Cette boutique est un vrai laboratoire de style. Je peux créer un look qui a du caractère et qui reste pratique pour la ville. C’est fou de voir comment une pièce militaire un peu rude peut se transformer en élément de mode. Ce blouson de combat par exemple, hop, si je le mets sur une tenue légère, je change complètement l’idée de ce qu’il représente. Tout devient possible ».
Surplus Hector, là où l’aventure commence
En dehors de toute considération esthétique, Surplus Hector est aussi le lieu où l’on parle de matériel qui dure, de vestes qui tiennent la pluie et de sacs qui encaissent la vie. Du costaud, du concret, du fonctionnel. Que ce soit l’étudiant qui cherche un sac pour ses escapades urbaines ou le randonneur qui rêve d’un bivouac sans problème, tous viennent pour la même raison : trouver de la fiabilité. Pour les guider, l’équipe du magasin prodigue ses conseils d’expert avec bienveillance et justesse. Pas de baratin, juste des avis à hauteur d’humain. On entre dans la boutique pour s’équiper et l’on repart avec le goût de l’aventure.
Sophie, voyageuse au long cours : « J’ai quitté mon boulot pour vagabonder et découvrir le monde. Surplus Hector m’a fourni mon compagnon de voyage, un sac kaki, robuste, plein de poches. En trois ans de route, il a tout vu : les trains en Inde, la jungle au Costa Rica, les quais de gare à Lisbonne. J’ai dormi dessus, marché avec, pris la pluie, la chaleur, la poussière. Les sangles tiennent bon et les coutures n’ont pas bougé. Mon gros baluchon est là, avec moi, fidèle et en pleine forme. Chacune de ses taches, chacun de ses plis racontent une péripétie de voyage. Désormais, à mes yeux ce n’est plus un simple sac, il est devenu un véritable morceau de mon histoire ».
La matière raconte, le métal résonne : poésie et mémoire des objets
A l’étage de la boutique, se trouvent les belles occasions. L’atmosphère se fait alors plus sonore : le froissement des étoffes, le cliquetis d’une boucle de ceinture, le zip d’une fermeture éclair remplissent l’espace d’une atmosphère particulière. Ici, chaque pièce semble avoir une histoire à raconter. Un petit détail, une date, une inscription et l’on se prend à imaginer les missions, les expéditions, les voyages qui ont laissé leur trace sur le tissu ou sur le cuir. Ainsi les objets portent en eux la mémoire du temps. Les clients se font explorateurs et repartent chez eux avec un morceau de récit à porter sur le dos.
Lucas, étudiant aux Beaux-Arts de Toulouse, vient à notre rencontre : « La veste que je porte, je l’ai trouvé dans ce magasin. Quand je l’ai vu, j’ai tout de suite ressenti un truc ; elle semblait m’attendre. En l’essayant, je me suis demandé qui avait pu la porter avant moi, où elle avait traîné, ce qu’elle avait vécu. J’ai fouillé les poches, cherché une étiquette mais c’est en retournant le col que j’ai découvert deux gribouillis, une date et un nom de famille. Tout me laisse penser que c’est une veste ouest-allemande des années 60. Depuis, elle m’accompagne partout ».
Surplus Hector, la sentinelle toulousaine
Lorsque l’on sort du magasin, la lumière du jour paraît presque trop claire et le bruit de la rue, un peu trop vif. On jette un dernier regard à la vitrine. Le fantassin de 14-18 est toujours là, immobile et stoïque. Et l’on comprend qu’il ne s’agit pas seulement d’un mannequin, c’est une sentinelle, un rappel silencieux de ce que Surplus Hector défend, à savoir la mémoire, la matière, la fidélité au réel.
La porte se referme doucement et l’on s’éloigne avec un étrange sentiment. Dans cette boutique de la rue de la Bourse, on a touché quelque chose d’intemporel : un peu d’histoire, de force, d’audace mais aussi de ce parfum rare qu’ont les lieux qui ne trichent pas.
Texte et photographies de Stéphane Reynier
Pour en savoir plus :
Surplus Hector
17 rue de la Bourse à Toulouse