La rue de l’Esquile remet les pendules à l’heure

rue esquile toulouse

La rue de l’Esquile est une voie située dans le centre historique de Toulouse, entre la place du Capitole et la basilique Saint-Sernin. Reliant deux artères commerçantes, ce petit passage de nature discrète ne manque pourtant pas d’intérêt. Les flâneurs y trouveront le charme des ombres jouant sur les façades, tandis que les gourmands préfèreront y trouver de quoi sustenter leur appétit. Pour les plus curieux, reste à leur faire découvrir l’origine du mot Esquile et sa signification.

Dans la rue de l’Esquile, vibre la langue occitane

Au XVème siècle, Toulouse est déjà un centre universitaire reconnu. Les étudiants venus de toute la région arpentent les petites rues de la ville à la recherche d’un logement. Où donc poser sa valise quand on n’a pas un sou en poche ? Le Collège de l’Esquile ouvrira ses portes en guise de réponse, accueillant notamment les étudiants boursiers. Outre son architecture remarquable, cette bâtisse présente une singularité qui la rendra légendaire : toutes les heures, la cloche du Collège résonne dans le quartier ; rien d’étonnant puisque Esquila en langue occitane signifie sonnette. Habitués à ce rituel quotidien, les étudiants commencent progressivement à s’y accommoder et finissent par rythmer leurs journées au son de la cloche. C’est ainsi que la rue prit naturellement le nom de l’Esquile.

Mais en 1789, les élites jacobines vibrent plus pour la patrie que pour le son des cloches. Dans l’esprit du mouvement révolutionnaire, un objectif se dessine clairement : unifier le pays en universalisant la langue française. Certaines figures politiques à l’instar de l’Abbé Grégoire, souhaitent frapper fort afin d’annihiler radicalement les références aux langues régionales. C’est ainsi qu’en 1794 la rue de l’Esquile fut rebaptisée Rue de l’Éloquence. Mais loin des considérations politico-révolutionnaires, la cloche du Collège continua innocemment à marquer les heures, rappelant aux Toulousains leur Histoire aux racines occitanes. La fièvre révolutionnaire finit par passer et la rue reprit le nom qu’on lui connait aujourd’hui.

Balade gourmande dans une rue riche en saveurs

À l’angle de la rue des Lois, avant même d’entrer dans la rue de l’Esquile, un préambule gastronomique s’impose. Cette première étape s’appelle Campagne, une cave à manger où l’on peut grignoter des fromages régionaux et des charcuteries du terroir. L’ambiance y est détendue et le décor champêtre. C’est dans un esprit « à la bonne franquette » que sont proposées des planches composées d’une sélection de produits appétissants : jambon de pays, saucisson, roquefort, fromage de chèvre, et pâté de campagne, évidemment. Côté boisson, les amateurs de bière pourront découvrir des breuvages artisanaux, tandis que les puristes du vin auront l’embarras du choix entre les bouteilles de Languedoc, de Gaillac et celles du Roussillon.

Retour dans la rue de l’Esquile. Après y avoir esquissé quelques pas, un effluve d’épices orientales s’offre aux promeneurs ; direction l’entrée colorée du numéro 4, véritable porte d’embarquement pour un voyage gustatif au restaurant Rajasthan Villa. Les amoureux de cuisine exotique pourront y déguster les richesses culinaires de l’Inde au travers des traditionnels poulet tandoori, curry ou tikka. Quant au dessert, inutile de préciser que la mangue y sera inévitablement à l’honneur.

Changement de décor au numéro 8. Le restaurant Les P’tits Fayots fait figure de bon élève en proposant une cuisine raffinée au travers de plats inventifs et savoureux. Aziz Mokhtari, véritable chef d’orchestre en cuisine, propose au menu du jour : cabillaud de Norvège accompagné de coques dans un fumet de poisson à la citronnelle. La rue de l’Esquile tient donc sa table gastronomique.

Quelques tranches de vie, rue de l’Esquile

Encadré de briques toulousaines et de pierres blanches, une grande porte bleue marque la rue de son empreinte. Que cache donc cette entrée ? Désirant en savoir davantage, une poignée de touristes n’hésitent pas à faire le pied de grue à proximité, appareil photo en main. Après quelques minutes d’attente, la chance leur sourit. Un homme en costard-cravate s’avance d’un pas résolu vers un petit clavier luminescent qu’il pianote rapidement. La porte s’ouvre lourdement et laisse apparaitre l’objet de toutes les curiosités : une immense cour arborée autour de laquelle se dressent des bâtiments historiques aujourd’hui occupés par la Direction Régionale des Finances Publiques. Le temps de prendre quelques photos et la porte entame lentement son repli jusqu’à la fermeture totale.

A l’angle de la rue des Pénitents Gris, une femme aux cheveux d’argent s’est assise sur le trottoir. Sandwich à la main, elle accepte de partager son déjeuner avec la bande d’emplumés qui l’entoure dans une ambiance dissipée et gouailleuse. Parmi eux trois pigeons frappent des ailes et donnent des coups de becs aux moineaux venus grappiller quelques miettes abandonnées. Bienveillantes envers les plus faibles, la vieille dame finit par chasser les gros volatiles pour laisser la part belle aux plus petits. Ravie d’offrir ce festin, elle sème du pain à destination de tous les oiseaux du quartier. La moitié du sandwich y passera, sous le regard éberlué des cuisiniers du restaurant indien fumant leur clope avant de reprendre le service.

Quelques mètres plus loin, une immense toile bleue recouvre un mur de briques. Une radio chante un air oriental parmi les sons de bétonnières et de truelles, tel un muezzin en haut de l’échafaudage. Les ondes musicales inondent le quartier et se retrouvent rapidement accompagnées par la voix de l’un des ouvriers. Les passants lèvent la tête à la recherche de l’artisan chanteur, mais l’artiste reste invisible derrière le rideau bleu. Excédé par ce concert improvisé, le chef de chantier sort de sa cahute et ordonne le silence. « Il s’agit de Abdelwahab Doukkali, le Charles Aznavour marocain » plaide le crooner sous le rire de ses collègues. Le patron ne l’entend pas de cette oreille. Le cliquetis des outils finit par reprendre son rythme dans un silence imposé. La cloche du Collège sonne trois fois ; il est 15h00, rue de l’Esquile.

Un article de Hugo Hancewicz avec la complicité de Stéphane Reynier

Quelques photographies de la rue de l'Esquile

Photographies de Stéphane Reynier

Pour en savoir plus :
L’histoire de la rue de l’Esquile – wiki
Les rues de Toulouse – photos

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