Le Petit Voisin

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Au détour de la rue Peyrolières, se dresse un établissement bien connu des Toulousains : le Petit Voisin. Bien plus qu’un simple bistrot, ce lieu est à lui seul un reflet de la ville rose, tant pour son atmosphère que pour les clients qui le fréquentent. Reportage au travers d’une série de portraits.

Il est dix heures du matin. Derrière la devanture de l’établissement, la maîtresse des lieux jongle entre le percolateur et une armée de verres à pied. Elle valse sans relâche au rythme des commandes, tantôt café au lait, tantôt Picon-bière. À chacun son petit déjeuner…

Le réveil du Petit Voisin : le temps d'un café ou d'une conversation

Installée en terrasse, une retraitée sirote son café en fumant un gros cigare dont l’épaisse fumée bleue vient chatouiller les narines des passants. Traversant ce nuage odorant, certains froncent ostensiblement les sourcils, d’autres n’hésitent pas à adresser une petite salve moralisatrice. Mais la fumeuse n’a que faire des réactions désobligeantes ; elle lance en retour un rire moqueur. On ne renonce pas à dix ans de plaisir cubain au Petit Voisin.

Sur la table d’à côté, trône une bouteille de San Pellegrino oubliée au profit d’un magazine de mots-fléchés : un homme en costume-cravate cherche désespérément un mot en cinq lettres répondant à la définition « aide à faire la justice ou sème la catastrophe ». Les deux tiers de la grille sont remplis, mais voilà un bon quart d’heure que le stylo n’y a plus rien inscrit. Visiblement, ça coince. Un petit bouledogue répondant au nom de Rocky lève des yeux désespérés à l’attention de son maître qui ne partira que lorsque la page sera complète ; la promenade matinale semble compromise. Les deux protagonistes soupirent…

Trois chaises plus loin, se joue une scène dont on se délecte secrètement : une déclaration d’amour qui tourne mal. Ici, un étudiant s’est donné le courage d’adresser à son amie les vers d’une poésie de sa composition. Le malaise est palpable. Face à l’accumulation d’alexandrins dégoulinants de mièvrerie, la jeune femme cache difficilement sa gêne en baissant les yeux. Voilà une éternité qu’elle racle à la petite cuillère les dernières gouttes de son chocolat viennois.

Un lieu où chaque table nous révèle sa petit histoire

Enfin, attablé en bord de trottoir, un homme à la barbe et aux cheveux hirsutes s’offre un petit Ricard, filant en douce à son chien l’eau d’une carafe ébréchée. Cet habitué des lieux connait tout le personnel et n’hésite pas à tutoyer les clients pour leur demander un peu de tabac. Le Petit Voisin, c’est un peu comme chez lui. Le barman semble d’ailleurs apprécier la présence de ce vagabond à la vie remplie d’aventures. Aujourd’hui, il est question de voyage en stop jusqu’à la Méditerranée où il compte passer la saison estivale. « Du coup, je commence à préparer mon voyage pour m’acclimater aux coutumes locales » dit-il en désignant son verre déjà à moitié vide. Le serveur sourit en retour. D’un clin d’œil malicieux il lui laisse entendre que pour lui, le Ricard est offert par la maison.

Tels sont les protagonistes de cette pièce de théâtre matinale : singuliers, bosselés, mais plus que jamais au bon endroit. Le Petit Voisin c’est vous, c‘est moi, c’est eux. Un petit bistrot entrainé quotidiennement par un carrousel de vies, un lieu digne d’une pause à la française comme on n’en fait plus.

Un article de Alixe Fourcaulx avec la complicité de Stéphane Reynier

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Quelques images du Petit Voisin à Toulouse

Pour en savoir plus :
Le Petit Voisin : site web
Les Bars à Toulouse : bons plans
Photographe : Stephane Reynier

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