Jean-Baptiste Pellerin, photographe de rue à la rencontre des anonymes

Jean-Baptiste Pellerin

Jean-Baptiste Pellerin arpente la ville comme un chasseur d’images. À l’affût d’un visage ou d’une silhouette singulière, il se laisse surprendre par les hasards du chemin. Le photographe avance au gré de ses observations, s’arrête, revient parfois sur ses pas, cherchant du regard les personnages qui pourraient retenir son attention. Sa quête s’inscrit dans un décor qui semble déjà en place. Ne manque plus que le sujet. Lorsqu’un passant retient enfin son attention, il l’aborde avec une simplicité désarmante et, sans détour, lui propose de consacrer quelques instants à un portrait. Si la personne accepte, elle prend place devant l’objectif. Guidée dans son positionnement, elle est encouragée à adopter une attitude qui lui ressemble, parfois à travers une pose ou un léger mouvement suggéré. Quelques clichés suffisent à l’artiste pour saisir une présence authentique, au-delà des apparences, et révéler quelque chose de spontané chez son modèle. Une fois les prises de vue terminées, la séance se prolonge par un échange de mots et de sourires, avant que chacun ne reprenne son chemin. Le photographe repart alors à la recherche d’une nouvelle rencontre, curieux de ce que lui réserve la suite.

Cette démarche spontanée est au cœur de son projet artistique Backtothestreet, qui fait entrer les anonymes dans le paysage urbain en donnant une place durable à leurs portraits. Une fois les photographies réalisées, Jean-Baptiste Pellerin les colle sur de petites plaques en céramique, qu’il appose sur les façades et les murs, au détour d’une rue ou d’un passage. L’image quitte alors le cadre de la rencontre pour s’inscrire dans l’espace public, à la vue de tous. L’anonyme devient modèle, le mur se fait support et la ville se transforme en galerie à ciel ouvert.

Jean-Baptiste Pellerin

Jean-Baptiste Pellerin : de l’art de cadrer à celui de coller

La photographie s’est imposée assez tôt dans la vie de Jean-Baptiste Pellerin. À quinze ou seize ans, un appareil offert par son père fait naître une passion qui ne le quittera plus. Issu d’une famille d’artistes, il se forme à Paris et apprend à construire ses images. Il choisit pourtant d’abord une voie professionnelle plus classique, photographiant pendant près de vingt ans des intérieurs et des décors pour des magazines. Une école de patience et de précision : apprendre à travailler la lumière, faire dialoguer les matières, composer avec l’espace. Tout ce savoir-faire ressurgit aujourd’hui dans la rue, où rien n’est pourtant tout à fait maîtrisable. Le déclencheur de son aventure artistique liée au street art, vient notamment de sa découverte de Faites le mur !, le film de Banksy, et des interventions urbaines de Space Invader. L’idée germe alors de faire sortir ses photographies de leur cadre habituel pour les installer dans l’espace public.

Après des essais avec divers matériaux, il adopte finalement la céramique et le verre, plus adaptée à ses installations. Chaque plaque demande du temps, de la préparation et un travail minutieux. Une fois fixée au mur, elle devient une présence discrète, offerte à la curiosité des passants et aux aléas de la rue. Certaines restent en place, d’autres disparaissent. À New York, l’artiste se souvient avoir passé des heures sous la pluie à installer des plaques, pour découvrir le lendemain qu’elles avaient toutes été retirées. Une déconvenue qui aurait pu signer la fin du projet. Elle n’aura été qu’un épisode de plus dans une pratique où l’obstination compte autant que le regard.

Jean-Baptiste Pellerin

Donner aux anonymes une place dans le paysage urbain

Car les portraits de Jean-Baptiste Pellerin ne sont pas de simples prélèvements dans la foule. Il cherche une image qui tienne autant par sa composition, ses couleurs et ses lignes que par la présence de celui ou celle qui se trouve devant l’objectif. Son credo tient dans une formule sans détour : il préfère réaliser une belle photographie d’un inconnu qu’une mauvaise image d’une célébrité. La notoriété ne l’intéresse pas en soi. Ce qui compte, c’est la force visuelle de la rencontre, la manière dont un visage et un décor semblent soudain faits l’un pour l’autre. Il ne s’agit pas de voler un instant, mais de le fabriquer à deux. Cette attention à l’autre prend un relief particulier lorsqu’il choisit de photographier des personnes en situation de grande précarité ou des individus issus d’une communauté invisibilisée.

Le risque serait de réduire ces vies à une image, de transformer la vulnérabilité en matière esthétique. Jean-Baptiste Pellerin cherche au contraire à maintenir un lien, à revenir, à retrouver les personnes photographiées et à inscrire son travail dans la durée. Son livre Paris de toutes les couleurs, nourri de dix années de portraits, l’a conduit à reprendre contact avec nombre de ses modèles pour obtenir leur accord de publication. Il a retrouvé des visages, partagé des cafés, renoué des conversations. Derrière l’image exposée sur un mur, il y a donc parfois une histoire qui continue, loin du cadre et du regard des passants.

Jean-Baptiste Pellerin

À Toulouse, Jean-Baptiste Pellerin fait confiance aux hasards de la rue

De passage à Toulouse, Jean-Baptiste Pellerin explore la ville, sensible à la diversité des visages et aux perspectives urbaines qui s’ouvrent au fil de sa marche. Il aime s’y perdre, revenir dans un quartier et découvrir, au détour d’un passage, ce qui lui avait échappé jusque-là. Car la rue n’est jamais un simple décor : elle entre en résonance avec le sujet et participe pleinement à la composition du portrait. Mais l’expérience ne dissipe pas toute incertitude. Certains jours, les refus se succèdent et les occasions de réaliser un portrait se font plus rares. Il faut alors continuer à avancer, garder l’œil ouvert et rester disponible à ce qui peut surgir au détour d’une rue.

Après la publication de son livre, Jean-Baptiste Pellerin a ressenti le besoin de renouveler son projet. Il envisage désormais de repartir à travers la France, à la découverte d’autres villes et de nouvelles rencontres, avec peut-être un prochain ouvrage en perspective. Rien n’est totalement écrit d’avance, et c’est sans doute ce qui entretient son envie de poursuivre. Son travail repose sur un geste simple, répété sans jamais être tout à fait identique : regarder quelqu’un, lui proposer de prendre part à une image, puis faire entrer son portrait dans le paysage urbain.

Dans le flux pressé des déplacements, ses photographies créent de petites suspensions. Elles nous invitent à nous arrêter devant un visage que nous n’aurions peut-être jamais regardé, à reconnaître une présence au milieu du décor. Puis la rue reprend son cours. Jean-Baptiste Pellerin, lui, poursuit sa marche, attentif aux visages qu’il croise et à cette rencontre imprévue dont naîtra peut-être sa prochaine photographie.

Texte et photographies de Stéphane Reynier

Pour en savoir plus :
JB Pellerin : instagram

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