Dans l’atmosphère feutrée du bar La Maison, le spectacle d’improvisation COSY trouve un écrin à son image : chaleureux, vivant et profondément humain. Ici, pas de scène surélevée ni de distance entre artistes et spectateurs. Tout semble pensé pour créer une proximité immédiate. Dans ce décor intimiste fait de fauteuils, tabourets, moquette et tapisserie, les comédiens improvisent à hauteur du public, comme dans un salon où tout pourrait déraper.
Dès les premières minutes, le duo formé par Brendan Guillouët et Clément Delord impose d’emblée une énergie communicative. Vêtus de noir, ils apparaissent tels des silhouettes prêtes à accueillir n’importe quelle histoire. Et des histoires, il y en a une multitude. COSY repose sur une succession de formats courts improvisés à partir des idées proposées par le public. Chaque proposition lancée depuis la salle devient une porte ouverte vers un univers inattendu.
Le théâtre d’impro, l’art du presque rien
Les deux artistes font surgir des décors invisibles avec une étonnante précision. En quelques gestes, le spectateur se retrouve transporté dans les couloirs d’un lycée, sur une place publique d’une bourgade perdue en Lozère ou encore sous le chapiteau d’un cirque improbable. Jardiniers maladroits, chirurgiens dépassés, secrétaires d’établissement scolaire autoritaires : les personnages se succèdent avec une fluidité remarquable. Certains sont résolument loufoques, d’autres semblent directement sortis de notre quotidien.
Le spectacle joue constamment sur des rythmes variés. Certaines scènes s’emballent dans une énergie burlesque, d’autres prennent le temps d’installer une émotion ou une absurdité plus subtile. Cette diversité maintient l’attention d’un public qui se laisse volontiers embarquer dans ces récits improvisés.
Brendan Guillouët et Clément Delord : deux corps, mille décors
Brendan et Clément excellent dans l’art de suggérer sans jamais surcharger. Nourris par les réactions immédiates de la salle, les deux comédiens redoublent constamment d’inventivité. Les éclats de rire deviennent un moteur supplémentaire pour pousser plus loin l’absurde, affiner une intention ou transformer une situation ordinaire en un moment jubilatoire. Et puis il y a cette complicité évidente entre les deux comédiens. Un regard suffit parfois à faire bifurquer une scène entière. Ils se rattrapent, se contredisent, se surprennent mutuellement. On sent deux personnalités très distinctes dans le jeu : l’un plus frontal, l’autre plus flottant, presque en décalage. C’est précisément dans cet équilibre mouvant que le spectacle trouve sa respiration.
En somme, COSY fait le pari du vivant, de l’accident heureux, du détour inutile devenu moment de grâce. Une série de petites pièces improvisées qui prennent parfois des allures de rêves collectifs un peu bancals, mais toujours terriblement drôles.
Texte et photographie de Stéphane Reynier
Pour en savoir plus :
Compagnie Synapse