En franchissant le seuil du Laboratoire, on quitte l’agitation toulousaine pour un espace musical intime et foisonnant. D’ailleurs, on se faufile ici comme on entre dans un disque, avec lenteur et curiosité.
Le décor est à la fois simple, méticuleux, ordonné sans être sage. Tout semble posé à sa juste place mais avec une élégance qui ne doit rien à la rigueur, plutôt à la passion. Sur les étagères, quelques disques s’alignent en éclats de couleur : des visages flous, des typographies d’un autre temps, des promesses de sons enfouis dans des sillons. Blonde on Blonde frôle un Homework de Daft Punk, pendant qu’un pressage original de Fela Kuti se tient fièrement entre deux albums de PJ Harvey. Ici, tout semble cohabiter.
Le Laboratoire, lieu de musique et de récit
Une platine diffuse un murmure. Lou Reed fatigué, presque absent, laisse tomber les mots comme des cendres « I’m waiting for my man… ». La voix se faufile entre les rayonnages, rebondit sur les murs et séduit les oreilles. Puis le Velvet Underground nous propose son Heroin avec sa montée lente, son onde hypnotique et sa tension suspendue. Les clients lèvent à peine la tête, absorbés, comme si chacun cherchait à retrouver le moment précis où ce morceau les avait déjà traversés, une première fois, ailleurs. Quelques minutes plus tard, les vibrations se teintent de lumière : Tame Impala déroule son groove psyché, ample et cotonneux, avant que les riffs nerveux de The Strokes ne viennent gifler l’air. Une transition sans heurt, presque naturelle, comme si ces époques lointaines s’étaient toujours comprises.
Dans un coin de la boutique, Camille manipule les pochettes avec précaution : « Pour moi, le Labo c’est tous les samedis. Je viens ici pour écouter les images avant les sons. Je regarde les visuels, les textures, les visages. Ensuite seulement, j’écoute. Aujourd’hui, je suis tombée sur Histoire de Melody Nelson. Dans ce disque tout y est fragile et sensuel à la fois. Même la pochette respire. Quand tu poses l’aiguille, tu entends le souffle du studio, presque le froissement du costume de Gainsbourg ».
A Toulouse, le Laboratoire mène des expériences musicales
Un homme en blouson de cuir fouille dans la section Rock Anglais des années 70 : « Je me suis remis au vinyle il y a quelques années, le jour où je suis retombé sur les disques de mon adolescence. Au début, c’était un truc de nostalgie. Et puis j’ai retrouvé d’anciennes sensations, notamment le calme et l’intensité de l’écoute. Avec un vinyle, tu ne peux pas passer directement du premier titre au cinquième. Tu attends. Tu le regardes tourner. Tu écoutes. C’est une manière d’être au monde. Et puis mes gamins trouvent ça cool. Ils me demandent pourquoi ça saute, pourquoi ça craque. Je leur répond que c’est parce que ça vit ».
Dans la vitrine, la lumière du soir s’étire. La platine tourne encore. Lou Reed, encore lui, revient en écho puis se dissout pour céder la place à un vieux Talking Heads. Les derniers clients s’attardent. Ici au Laboratoire, le temps a changé de vitesse ; les secondes tournent paisiblement, à trente-trois tours par minute.
Texte et photographies de Stéphane Reynier
Pour en savoir plus :
Le Laboratoire
9 rue de la Bourse à Toulouse